Friche Josaphat : réagissez au Plan d’Aménagement Directeur 2021

Le nouveau plan pour la Friche Josaphat - qui est plus ou moins un copier-coller de l'ancien - n'atteint pas la barre. Nous lançons donc un appel à répondre en masse à l'enquête publique en cours et à demander au gouvernement de changer d'avis. 

Le contexte 

Au mois d'août 2021, le gouvernement bruxellois a présenté au public un nouveau plan d’aménagement directeur (PAD) pour le site de la Friche Josaphat. L'enquête publique sur le PAD Josaphat a débuté le 16 septembre et se poursuivra jusqu'au 25 novembre. La version précédente du plan a été accueillie par une protestation massive. Le gouvernement bruxellois a promis de tenir compte des protestations et une étude supplémentaire sur la biodiversité a été ordonnée. Vous pouvez trouver les plans actuelles sur les site de Perspective.brussels. Le BRAL a étudié ces plans et vous invite à réagir.

Qu'est-ce qui a changé ?  

Si l'on met les deux plans côte à côte, le changement est immédiatement visible : une zone de construction a été supprimée pour faire place à un "Bioparc" de... 1,28 ha. C’est très petit si on compare ça avec la taille totale du site : l’Est et l’Ouest ensemble font 24 ha.

Néanmoins, quelques changements positives sont apparus : il n'y a plus de trafic motorisé de transit et les places de stationnement à côté du parc ferroviaire ont disparu. Il y a quelques autres changements mineurs, mais il faut avouer : le nouveau plan est plus ou moins un copier-coller de l'ancien. C’est justement ce que les associations et les collectifs de citoyens souhaitaient éviter en proposant le #PlanBJosaphat, un plan radicalement nouveau et cohérent.  

C’est ce que nous voulons encore : un plan radicalement nouveau, cohérent et co-construit. Nous lançons donc un appel à répondre en masse à l'enquête publique en cours et à demander au gouvernement de changer d'avis. 

De nombreux arguments avaient déjà été listés dans le cadre du manifeste du #PlanB, n'hésitez pas à les utiliser. Nous l'expliquons également pour vous dans cette vidéo. Nous expliquons ci-dessous pourquoi nous restons sur notre avis, pourquoi la nouvelle version ne suffise pas non plus.

Voici quelques idées qui pourraient vous inspirer : 

Préservation de la biodiversité

Un milieu de plus en plus rare en Région de Bruxelles-Capitale

Plus de 1000 espèces ont été observées sur ce site. Cette richesse est reconnue non seulement par les amoureux de la nature locaux mais aussi pour les associations nationales de protection de la nature (Natagora et Natuurpunt) ou encore par l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique. Plusieurs articles scientifiques ont été publiés sur la friche, attestant de son intérêt certain pour la faune et la flore belges.

La nature a besoin d'espace. De nombreuses études montrent que la surface est un facteur critique pour de nombreuses espèces et pour la qualité d’un réseau écologique.[1] 

Avec un bioparc de 1,28 hectare, il y aura moins d'espèces, celles qui seront présentes seront moins nombreuses, les oiseaux migrateurs perdent un espace de repos sur leur route. 

Il est vrai que le bioparc est complété par un “wadi parc” et le “sport parc”, ce qui augmente la surface végétalisée. Cela dit, cette dernière est largement destinée à des activités de loisirs. 

Notre demande : la création d’un “bioparc” de 14 hectares (sur les 34 du PAD)

La localisation a aussi de l’importance 

La partie la plus riche du site en termes de biodiversité sera la première à disparaître sous les pelleteuses. 75% des espèces de la friche ont été observées sur la partie du site où il est prévu de développer la phase 1. Dans ce contexte, il est difficile de croire que les pouvoirs publics ont réellement pris la mesure des impacts du projet sur la biodiversité.

Nous avons conscience que la Région est déjà en dialogue avec différents interlocuteurs pour le développement de cette phase 1 mais nous rappelons que la loi sur les marchés publics (art. 85) stipule que les gouvernements ont toujours le droit d'arrêter une procédure.   

  Notre demande : STOP à la phase 1 du projet

La nature, c’est une histoire de connexion et de réseau

La nature a besoin aussi de connexion pour persister - d’où le développement au niveau européen du réseau Natura 2000 par exemple, ou encore en Région de Bruxelles-Capitale du réseau écologique bruxellois. 

Pour préserver les connexions au sein de la friche mais aussi vers l'extérieur et la diversité des milieux, les talus boisés sur l’ensemble de la zone complètent la diversité des milieux/biotopes. Dès lors, non seulement les talus parc doivent être préservés mais aussi l’ensemble de talus présent au nord du Bioparc, remplacé actuellement par des logements. 

De plus, la friche et sa préservation offrent l’opportunité d’une continuité verte entre le centre- ville et la périphérie bruxelloise.

Notre demande : la préservation de toutes les zones de talus

Lutte contre le réchauffement climatique 

Pour limiter le réchauffement urbain, pour faire face à la multiplication attendue des épisodes de canicule et d’inondation dans les années à venir, la nature est l’une des solutions. Dans ce contexte, il semble absurde de se priver des nombreux services que rend aujourd’hui cet espace en termes de captation de CO2, de couloir de fraîcheur, de gestion de l’eau et de prévention face aux inondations, …

Dans le nouveau plan, ces enjeux sont reconnus : les Wadi parcs ont, pour partie, l’objectif d’être au service d’une gestion de l’eau plus pertinente et on constate aussi une volonté de perméabilisation progressive dans la zone urbanisée actuelle.

Un espace ouvert et perméable réduit par ailleurs également le stress thermique. Si une construction plus compacte peut réduire les émissions de gaz à effet de serre (dues aux transports), elle augmente le risque de stress thermique urbain. Les zones urbaines formant des îlots de chaleur qui deviennent encore plus invivables du fait du réchauffement climatique, le refroidissement du centre de Bruxelles devient une question urgente. Nous devons nous attaquer à ce problème maintenant de manière planifiée !

Un réseau vert et bleu permet d'étendre le refroidissement de l'extérieur de Bruxelles vers le centre. En alternant les zones bâties avec de larges zones vertes, il devient possible de ventiler naturellement la ville grâce au flux d'air dus à l'alternance de zones fraîches et chaudes. Cette idée est basée sur le concept de la ville à doigts ou le modèle de la ville à lobes et a été développée dans la première moitié du 20ème siècle. Des villes comme Copenhague, Amsterdam, Hambourg et Stockholm ont déjà commencé à l’appliquer. En Belgique, la ville de Malines fait partie de celles qui travaillent sur ce concept.

Comme indiqué dans le Manifeste #PlanB, la surface imperméabilisée dans la partie industrielle y est très importante par rapport aux activités qui s'y déroulent. Mais pourquoi se compliquer la tâche en imperméabilisant massivement d'un côté et perméabilisant quelques mètres de l’autre ?

Dans tous les cas, cela n'aura guère d'impact sur la surface totale qui disparaîtra sous le béton.

Notre demande : Garder le vert là où il existe et faire le gris sur le gris

D’autres pistes issues du #PlanB

Les bureaux vacants (nouveaux chiffres et tendances)

La tendance précède déjà la crise que nous connaissons tous : le télétravail augmente, ce qui impacte l’immobilier bruxellois, même si d’autres facteurs influencent bien sûr la vacance des bureaux. Le récent rapport de Perspective sur le sujet le montre : le taux de vacance des bureaux a légèrement augmenté (de 954 870 m² en 2018 à 978 424 m² en 2020). Les effets de la crise corona ne sont pas encore totalement visibles dans les chiffres et que beaucoup de nouveaux bureaux sont prévus (415 202 m² déjà approuvés).

A titre d’exemple, nous pouvons citer la Régie des bâtiments dont les chiffres sont révélateurs. Alors qu'en 2012, celle-ci fournissait encore 100 postes de travail pour 110 employés à temps plein. En 2018, elle en comptait 82 et dans un avenir proche, elle n'en fournira plus que 58.

D'autres acteurs majeurs, comme la Commission européenne, ont également annoncé des réductions drastiques. Il est difficile d'avancer un chiffre exact, mais la Banque nationale de Belgique estime que les surfaces de bureaux nécessaires diminueront de 22 % au cours des cinq prochaines années. Le gouvernement doit jouer un rôle de pionnier afin d'utiliser ces espaces pour créer des logements abordables et agréables pour les habitants de Bruxelles.

Notre demande : mettre (encore) plus d'efforts dans la reconversion des bureaux

Les opportunités de l’Avenue Léopold III

Dans son plan I Love Josaphat, le collectif de citoyens Team Léopold III propose, à juste titre, de mieux utiliser le potentiel de l'avenue Léopold III. Leur réflexion est la suivante : “Le boulevard Léopold III se situe tout près et parallèle au site Josaphat : c’est un axe majeur construit dans les années 1960 pour relier le centre-ville à l’aéroport. Le long du boulevard Léopold III, il y a plusieurs immeubles de bureaux qui sont vacants ou qui le deviendront bientôt. Il y a aussi plusieurs parcelles qui sont à peine construites et que l’on pourrait facilement densifier. De plus, plusieurs de ces sites sont de la propriété publique. Ne serait-il pas plus logique de densifier aux endroits les plus accessibles et autour des nouveaux nœuds de transport public ?”. Selon leurs calculs, cela pourrait conduire à la création de 1552 logements. Le gouvernement doit examiner toutes les opportunités AUTOUR de la friche de sorte à préserver un maximum les espaces végétalisés existant.

Notre demande : un élargissement du périmètre pris en compte dans le PAD, de sorte à analyser toutes opportunités 

Du logement oui, mais du logement social

La croissance démographique est inférieure aux prévisions d'il y a dix ans, moment du début du projet de PAD Josaphat. En 2010, un boom démographique s’annonçait et donc la nécessité de faire face au besoin en logement. En janvier 2019, déjà, le Bureau fédéral du Plan a ajusté ses prévisions : d'une croissance annuelle prévue de 10 000 personnes, il s'attendait à une croissance de 3 600 personnes par an.

Toutefois, le besoin en logement est bien là mais c’est un besoin en logement abordable. C’est là qu’est l’urgence. Le plan actuel prévoit 45% de logements publics. C’est sans doute le plan le plus ambitieux sur la question du logement social en Région de Bruxelles-Capitale mais cela reste très faible au vu de l’importance de la tâche.

Notre demande : 

  • Prenons le temps de faire un NOUVEAU PAD et s’il faut commencer, développons d’abord le quartier de la gare à l'est des voies ferrées (au nord de la zone industrielle actuelle)
  • Les terrains publics restent publics 
  • 60% des logements sont des logements sociaux

Participez avant le 25 novembre - Merci !

Vous êtes convaincu que les plans pour la friche Josaphat doivent changer ? Alors faites entendre votre voix ! Vous pouvez participer avant le 25 novembre en envoyant vos arguments et points de vue en spécifiant simplement le cadre :

Des commentaires ? Des suggestions ? Vous pouvez nous contacter via info at bral.brussels.

Perspective expliquera les plans officielles pendant une réunion publique le 26 octobre.

[1] Joscha Beninde, Michael Veith and Axel Hochkirch, “Biodiversity in cities needs space: a meta-analysis of factors determining intra-urban biodiversity variation”, Ecology Letters, (2015) 18: 581–592

Video: