Le droit au logement, de l’impuissance à l’action

Ces derniers mois ont été marqués par une forte mobilisation autour du droit au logement et le droit à la ville. Le BRAL était à l’appel, car nous aussi militons pour des logements décents et abordables pour une bonne santé. Nous avons déjà fait le compte rendu des quartiers populaires à Bruxelles qui s’organisent. En février, un espace de dialogue sur la ville de demain à Anvers, Stadsform, a invité un panel varié qui a témoigné sur des luttes allant de l’échelle super-locale à l’échelle nationale. La Coalition européenne d’action pour le droit au logement et à la ville s’est réunie à Bruxelles pour quatre journées intenses remplies de workshops, conférences, actions et échanges informels. Et fin mars les activistes et associations flamandes, wallonnes et bruxelloises ont posé les bases pour une collaboration qui veut durer dans le temps lors du Housing Action Day 2022.

Si chaque région, ville, quartier ou espace rural a ses propres spécificités, besoins et revendications, une voix commune ressort en clamant haut et fort : on ne peut plus continuer à (laisser nos co-citoyen·nes) vivre dans des logements inabordables, insalubres et où trop de discriminations à l’entrée persistent.

Le logement pour les gens, pas pour le profit 

La situation dans nos trois Régions est alarmante. Des milliers de ménages wallons restent sans logements suite aux inondations dévastatrices de l’été passé. Le logement social flamand est en pleine restructuration via la fusion des sociétés immobilières sociales, ce qui prend un temps et une énergie conséquente qui pourraient être consacrés à loger les plus démunis. Et à Bruxelles, 51.000 ménages attendent toujours sur la liste de logements sociaux et les loyers explosent dans la région. En moyenne, un locataire sociale attend 10 ans pour obtenir un logement d’une ou deux chambres. « Environ 25 % des ménages bruxellois vivent dans un logement "inadéquat" (avec soit des fuites, soit des problèmes d'humidité et/ou de pourriture) et 26 % vivent dans un logement surpeuplé (51 % des personnes avec un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté). » -  Baromètre social 2020.

Ce constat partagé fût porté par de nombreuses associations et manifestant·es le 27 mars lors du 3ème Housing Action Day belge. Pour la première fois, les forces wallonnes, flamandes et bruxelloises se sont unies pour porter un message au-delà de Bruxelles. Les mobilisations précédentes ont été virtuelles (premier confinement en 2020), immobiles (interdiction que le cortège se déplace en 2021) et se concentraient sur Bruxelles.

Les crises à répétition ont exacerbé la crise structurelle du logement décent et abordable qui touchait déjà les plus vulnérables. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les locataires précaires qui sont impactés mais c’est l’ensemble de la population qui est touchée par la crise économique liée à la hausse des prix de l’énergie. « Il y a de nombreux Bruxellois qui doivent consacrer une grande partie de leur salaire au logement. La crise du logement commence également à être ressentie par la classe moyenne », a déclaré à Apache Bart Van de Ven, coordinateur de Buurtwinkel Anneessens et membre du BRAL. D'où l'intérêt croissant pour la Journée d'action pour le logement en Belgique.

Cette journée est organisée à l'échelle européenne en concertation avec la Coalition européenne d’action pour le droit au logement et le droit à la ville (EAC). L'année passée, c’était 75 actions dans 68 villes à travers l’Europe. Cette coalition est née à la suite de discussions lors d’un contre-sommet Européen en 2013 lorsque des militant·es se sont inquiété·es du sort réservé à leurs villes pendant le MIPIM. Ce salon de l’immobilier à Cannes, où le billet coute 2.000€, est le haut lieu où s’organise un Monopoly international qui réunit administrations publiques, politiciens, investisseurs et professionnels de l’immobilier. On y organise l’aménagement du territoire et l’avenir des espaces convoités de nos villes et régions, à distance, sur maquettes et sans aucune consultation citoyenne quelconque. Et si le peuple n'est pas consulté et que ses intérêts sont bafoués, alors il s'agitera.

Stadsform : comment squatter la crise ?

Le Woonzaak en Flandre, un référendum victorieux à Berlin, une lutte locale partant du Tweebosbuurt à Rotterdam qui deviendra nationale, deux lieux hautement symboliques à Gand qui sont squattés. Autant de lieux que de stratégies ont été partagées lors d’une soirée organisée à Anvers autour du logement. Comment faire face à la pression immobilière qui vient autant des opérateurs publics que des promoteurs privés ? De quelles manières pouvons-nous nous renforcer mutuellement et lutter pour le droit au logement ?

Petit état des lieux de différentes situations chez nos voisins :

Le Woonzaak porte plainte au Conseil de l’Europe

La part de locataires en Flandre en diamétralement opposée à celle de Bruxelles avec environ 20% de locataires privés et 6% de locataires sociaux. Si cette proportion est faible, le modèle de logement flamand ne protège pas les plus démuni·es et ne leur garantit pas un logement adapté et abordable de bonne qualité avec une sécurité d’y rester suffisante.

Le Woonzaak est une initiative qui porte plainte contre le gouvernement flamand au Conseil de l’Europe (plus spécifiquement le Comité européen de la protection sociale) pour l’absence d’une politique sociale de logement. Cette inaction mène à un droit au logement souvent bafoué et mis sous pression des trois manières suivantes :

  1. Les propriétaires précaires ne sont pas en mesure d’améliorer la qualité de leurs propres logements ;
  2. Les 6% de logements sociaux en Flandres sont largement en dessous des moyennes européennes (mais en phase avec la moyenne régionale bruxelloise de 7,22%) ;
  3. Il n’y a pas de politique régissant le marché privé.

Cette combinaison de facteurs oblige les publics à faibles revenus à se tourner vers le marché privé. Lui qui n’est pas connu pour être accessible, abordable ou offrant une sécurité suffisante. Le Woonzaak revendique le respect du droit au logement, lui qui est inscrit dans la constitution, dans son ensemble et dans ses particularités.

  1. Oui à un marché privé durable sans propriétaires précaires
  2. Oui à une politique active du gouvernement sur le marché privé, autant pour les locataires que les bailleurs, garantissant un lien entre prix et qualité
  3. Oui au doublement de l’offre de logements sociaux et à une politique d’attribution transparente

L’initiative est portée par 45 organisations sociales néerlandophones et récemment aussi un certain nombre de municipalités. Outre leur livre, ils organisent également des actions de rue locales pour attirer l'attention sur le logement abordable et de qualité.

Berlin, lieu d’espoir avec une réalité partagée

270.000 manifestant·es pendant un Friday for future en 2019. 359.000 signatures pour le lancement d’un referendum sur le logement en 2021. S’il y a bien une ville capable de se mobiliser massivement sur des questions sociétales, c’est Berlin. Toha nous avait prévenue en 2018 suite à sa visite à Berlin, 86% de locataires et un doublement (ou même triplement, dans certains quartiers) en dix ans du prix au m² du marché locatif font de cette ville un terreau fertile pour faire valoir le droit au logement et à la ville.

Cette mobilisation tire une partie de ses racines en 2004 quand la ville-Etat de Berlin vend 65.000 logements à un fond d’investissement. Plusieurs années et opérations financières plus tard, les grandes sociétés immobilières possèdent plus de 240.000 logements – soit plus de 12% du parc locatif. Cette abus de position dominante a motivé des militant·es locaux à lancer une campagne portant le nom Deutsche Wohnen & Co Enteignen (Exproprier Deutsche Wohnen & Co) qui vise à corriger cette privatisation massive de 2004. Ils insistent sur le choix des mots : exproprier n’est pas racheter car l’objectif n’est pas de compenser les acteurs immobiliers à la valeur de marché des biens qu’ils détiennent. 

Suite à deux pétitions, la première pour initier le référendum avec 77.000 signatures et la deuxième avec ces fameuses 359.000 sympathisant·es pour le lancer officiellement la proposition d’exproprier les propriétaires détenant plus de 3.000 unités de logements à Berlin a été soumise au vote. Ce referendum faisait parties des cases à cocher lors des élections de septembre 2021 et plus d’un million de personnes ont voté OUI !, soit 59,1% des votants.

Si ce résultat est inspirant et a donné un souffle positif au monde du logement, la réalité n’est pas aussi rose. La nouvelle majorité est plus conservatrice et ne cautionne pas le résultat du référendum. À priori, l’expropriation n’est pas prévue pour demain et le gouvernement met des bâtons dans les roues d’une éventuelle proposition de loi. Cette impasse parlementaire parait frustrante mais les militant·es berlinois·es sont sans équivoque : plus d’un million de personnes sont d’accord avec leurs propositions. L’énergie était débordante et inspirante. Mais ce n’est toujours pas assez pour vraiment mettre la pression au système bien installé. La lutte continue …

Woonopstand en de Tweebosbuurt

L'exemple du Tweebosbuurt dans le Afrikaanderwijk à Rotterdam est inspirant : une mobilisation ultra locale à l’échelle du quartier s’est transformée en une lutte nationale. Avec une mention spéciale accordée par les Nations Unies !

Comme souvent, une société immobilière débarque dans un quartier avec une volonté claire. 535 logements sociaux seront démolis et remplacés par 374 logements, dont seulement 130 sont sociaux. La ville soutient les plans du géant Vestia. Selon elle, il y a trop de logements sociaux dans ce quartier historiquement populaire et c’est une manière efficace d’augmenter le niveau socio-économique de Rotterdam.

Le sort réservé au Tweebosbuurt n’était pas un cas isolé. Plusieurs quartiers étaient visés par des politiques de rénovation urbaine poussés par une coopération entre le public et le privé. Ensemble, des artistes, des académiques, des citoyen·nes, des travailleurs concernés se sont mobilisés pour faire entendre leur voix et contester la transformation voulue.

La pertinence de la mobilisation était telle que petites et grandes villes se sont jointes au mouvement. Des quartiers d’Amsterdam, Utrecht, Amersfoort, Delft ou encore Eindhoven étaient voués au même sort. Les pauvres dehors !

Le Woonopstand est né de cette alliance nationale visant à maintenir les habitant·es dans les quartiers où ils et elles ont grandi. Cette organisation grassroots est soutenue par plus de 184 associations et s’est rassemblée tous les samedis pour une action visant à mettre la pression pour le maintien du logement social locatif et faire respecter le droit au logement. Parti d’une initiative entre voisins inquiets pour leur avenir, le mouvement a eu un succès retentissant. 15.000 personnes ont manifesté à Amsterdam en septembre 2021. 10.000 à Rotterdam. Mustapha, notre intervenant local, nous a expliqué que c’était la première fois depuis les années 80 que les Pays-Bas (où 40% de la population est locataire) voyaient une telle mobilisation autour du logement. Celles-ci se sont malheureusement accompagnées de violences policières et le Woonopstand a demandé une enquête indépendante sur la violence disproportionnée.

L'impact de la mobilisation citoyenne a été telle que Leilani Farha, Rapporteuse spéciale aux Nations Unies pour le droit au logement (que vous avez peut-être vue dans le film Push), et quatre autres Rapporteurs ont envoyé une lettre au gouvernement hollandais. Ces expert·es ont pointé du doigt l’évidente transgression au droit au logement de leurs politiques dans le Tweebosbuurt. C’était la première fois qu’une ville et une société immobilière ont été ciblés par les Nations Unies directement.

Bernadette Blijft

Le Sint-Bernadettewijk à Gand est un des premiers quartiers de logements sociaux en Belgique, datant des années 1920. Il se vide petit à petit car les conditions de vie y sont extrêmement insalubres. Moisissures, risque d’incendie ou d’électrocution, structure du toit instable. La ville de Gand et WoninGent, la société de logement sociaux propriétaires du quartier, comptent désormais démolir l’entièreté du quartier pour y reconstruire du logement à finalité sociale car la rénovation est trop couteuse. Un gout de déjà vu ? Il y a de quoi comparer avec la situation de la Rue du Rempart des Moines.

Simon, membre du groupe d’action Bernadette Blijft, a pourtant essayé de faire entendre la voix des habitant·es auprès des politiques et de WoninGent. Si le quartier a toujours eu une mauvaise image pour ceux qui le connaissaient mal, les activistes eux ont découvert des personnes ayant habité là toute leur vie qui en parlaient avec charme. Bernadette Blijft occupait temporairement des lieux pour s'implanter dans le quartier, créer du lien avec les habitant·es, rassembler leurs revendications et interpeller le conseil communal. Malheureusement, le quartier s’est vidé au fil du temps et de l’inaction publique.

Blok per blok. Voilà la revendication finale de Bernadette Blijft. Si vous démolissez le quartier, faites-le au moins bloc par bloc pour permettre à ceux qui souhaitent y rester de pouvoir le faire. Impossible, selon l'échevine du logement car l’opération serait trop couteuse. On se croirait vraiment aux cinq blocs ! Le permis pour démolir a été délivré pendant l’été 2021 et les habitants seront relogés ailleurs à Gand.

Pandemisten

Le Caermersklooster de Gand est un lieu qui a historiquement été sous tension. Il a été squatté dès les années 80 pour contrer un projet de revente à un investisseur privé pour y réaliser un hôtel. Le bâtiment est resté dans les mains du public suite à une mobilisation réussie mais la lutte a repris de plus belle en 2021. WoninGent, propriétaire du lieu, a mentionné une possibilité de revente au privé. Comme le prix de rénovation est élevé, l’opérateur public se tourne vers des investisseurs. Rebelote : le couvent est squatté en mai et décembre 2021 par les Pandemisten pour exprimer leur mécontentement face à ce risque d’une opération financière juteuse.

En s’inspirant des actions du Sint-Bernadettewijk, des habitant·es et des squatteurs·euses ont organisé des manifestations, des activités avec des citoyen·nes, des débats dans le couvent et des interpellations au conseil communal. Alors que la ville se cache derrière son inhabilité d’intervenir dans le dossier car elle n’est pas propriétaire du couvent, les militant·es rétorquent que c’est une excuse infondée. La ville de Gand est en effet actionnaire à 90% de WoninGent.

Les actions des Pandémistes ont porté des fruits : le 24 février, la ville de Gand a organisé un « débat urbain » sur l'avenir du monastère, en concertation avec les différents acteurs du dossier. Le rapport de ce débat est accessible au public. Les Pandémistes regrettaient que les questions structurelles sur la politique générale de Gand soient évitées. « Bien que nous puissions tous être reconnaissants que la reconquête des cœurs pandémonistes gantois ne se soit pas faite avec un débat typique sur la ‘couleur des pots de fleurs’. »

Après ce tour d'horizon des événements, il est temps de tirer quelques conclusions. Nous nous concentrons sur deux points : le squat et la rénovation.

Le squat comme arme face à la crise du logement

La vacance immobilière est une des causes contribuant à la crise de logement abordable que nous vivons actuellement. Pourquoi les propriétaires laissent-ils leurs bâtiments vides ? Pour certains, c’est une impossibilité de rénover par faute de moyens. Souvent, le bâtiment est un placement financier qui permet d’immobiliser du capital avec très peu de risque. Le bâti est une valeur refuge qui offre un taux largement plus intéressant que l’épargne. Dans une logique marchande, un investisseur sait que le prix de l’immobilier ne fait en général qu’augmenter et il peut donc se faire d’importants profits en peu de temps. 

Si le squat n’est pas une solution à long-terme pour sortir de la crise du logement, il permet de maintenir une certaine pression sur des bâtiments laissés vides. C'est une manière peu couteuse et efficace pour mettre la pression sur les propriétaires que le gouvernement a muselé depuis la loi anti-squat de 2017, qui a compliqué l’occupation illégale de bâtiments. C'est un outil plus facile à appliquer qu’une taxe sur la vacance immobilière, qui tarde à se faire respecter.

Comme l’ont montré les deux exemples à Gand ou de nombreuses autres occupations à Bruxelles, le squat est un moyen direct de lutter contre le vide et la spéculation immobilière. Il permet de créer des liens entre citoyen·nes de différents milieux qui s’unissent autour d’intérêts partagés pour la ville et font preuve d’une solidarité exceptionnelle entre elles et eux. 

La rénovation ? Oui, et pour ceux qui y habitent déjà !

La Rue du Rempart des Moines, le Sint-Bernadettewijk et le Caermersklooster illustrent ce qu’il advient d’une absence de plusieurs années de politique sociale et écologique de logement. L’inaction et la négligence repoussent toujours la rénovation et au final explose le budget. On se retrouve alors dans des situations compliquées : le lieu est insalubre et ne permet plus d’y habiter correctement et le public ne dispose pas – ou n’a pas prévu de disposer – des budgets requis pour rénover petit à petit pour permettre aux habitant·es de ne pas être déplacés. Du coup, soit on démolit et on reconstruit, soit on revend à un privé.

Dans les deux cas, la collectivité est perdante car les bilans environnementaux (émissions CO2) et sociaux (réduction du nombre de logements sociaux ou relogement des habitant·es loin de leurs racines) sont négatifs.

Une politique volontariste de rénovation du bâti est évidemment souhaitable pour des raisons écologiques et d’habitabilité évidentes. Il faut cependant être vigilant de l’accompagner d’un contrôle sur les rénovations abusives. Lors des échanges chez Stadsform et avec les militant·es européen·nes, plusieurs collectifs évoquaient les renovictions, ou la rénovation entrainant à une expropriation de fait car elle est suivie d’une hausse des loyers. C’est une technique bien connue du fonds d’investissement Blackstone, qui gère un portefeuille immobilier de plus de 430€ milliards.

Continuons à nous mobiliser !

Le mouvement pour le droit à la ville et le droit au logement prend de l’ampleur à toutes les échelles. Des luttes inspirantes voient le jour partout car nous avons de plus en plus de mal à se loger à prix décent, quelle que soit la politique de logement mise en place. C'est à travers une multiplication des formes d’activisme et de collaboration entre citoyen·nes de tous bords qu’on arrivera à mobiliser les politiques autour de la crise du logement abordable et décent.

Toutes les pistes n'ont évidemment pas été abordées ici mais nous voyons d’autres exemples comme le développement des Community Land Trust à Bruxelles et, on l’espère, l’inclusion de certaines clauses minima de logements sociaux dans les Plans d’Aménagement Directeurs. Encore faut-il que ce soit du vrai logement social locatif et non acquisitif, lui qui retarde juste l’entrée du bien sur le marché privé.

Au final, comme l’a très justement dit Mustapha du Tweebosbuurt, « levez-vous, unissez-vous, mobilisez les autres et vous verrez que vous pourrez atteindre des choses ».

Avez-vous des questions, des remarques ou des suggestions par rapport à cet article ? Ou avez-vous une idée sur un Bralcafé ou un autre événement autour du logement ? Contactez benjamin[at]bral.brussels !

Benjamin Delori