Mesurer la qualité de l’air : des technologies citoyennes pour agir tous ensemble ?

Mesurer la pollution de l’air et ses effets est une demande fréquente des Bruxellois, mais les moyens scientifiques de la Région restent limités.  De par le monde, différentes initiatives apparaissent pour développer un “smart meter” de la pollution de l’air, sous contrôle citoyen.  Le Bral s’est penché sur la question lors d’une table ronde d’experts et porteurs de technologies: évaluons la validité scientifique des appareils utiles à la “citizen science”, et leurs avantages mobilisateurs.

En connaissons-nous assez sur l’air que nous respirons?  Au Bral, nos membres et les groupes citoyens rencontrés se soucient de la toxicité de l’air, mais reçoivent une information complexe, spécialisée, et très peu vulgarisée.  Dans leur vécu ou pour leur famille, ils souhaitent connaître leur exposition quotidienne aux polluants dangereux, comme le NO2 et les microparticules, entre autres.

Connaître des valeurs moyennes régionales et s’inquiéter lorsque les seuils d’alerte sont atteints, ça n’est pas suffisant pour nourrir la réflexion, apprendre à éviter la pollution, et finalement réclamer un changement sociétal pour résoudre ce danger.  De plus, le NO2, par exemple, est un polluant très localisé près de sa source (à Bruxelles il semble que les trois quarts sont causés par le trafic auto).  Une collecte mobile de données mesurant l’exposition subjective des Bruxellois est donc une donnée essentielle pour compléter les données scientifiques très robustes offertes par les 11 stations fixes régionales.  Bruxelles Environnement mesure l’exposition personnelle par campagnes avec ses 8 appareils mobiles géolocalisés, dans le cadre du projet ExpAIR en collaboration avec le Bral.

Mais serait-il possible d’aller plus loin en confiant aux citoyens une “low-tech” mobilisée en nombre, parcourant tous les jours nos rues, nos écoles et lieux de vie pour monitorer la qualité de l’air respiré?  Le 18 novembre dernier, le Bral a organisé un double événement autour des mesures de qualité de l’air effectuées par les citoyens.

Centre ville, comme un air de changement

Ce soir-là, l’association a communiqué les résultats 2015 de l’enquête participative ExpAIR pour le centre ville.  Ils concernent l’exposition des habitants qui ont mesuré le Black Carbon, une microparticule 2.5µm issue de la combustion du diesel et du mazout, qui est étudié comme excellent traceur de la pollution automobile. Un focus a été fait sur l’évolution avant/après la piétonisation des boulevards centraux:
Sur Anspach et Bourse, la situation est globalement bien meilleure: amélioration de 35 à 55%, en considérant la contribution de fond de la pollution de l’air urbain. Les parties rues aboutissant au piétonnier ont généralement connu une amélioration de leur qualité de l’air.
Mais plusieurs rues composant le “mini-ring” (Empereur, Pacheco, Alexiens, Van Artevelde, Six-Jetons) et quelques rues adjacentes ont souffert d’une aggravation sensible de la pollution due report de trafic.

Les personnes présentes ont réagi avec une étonnante compréhension du phénomène, étant déjà sensibilisées par la problématique du report de trafic entre le mini-ring et la petite ceinture. Ils ont exprimé la nécessité d’un monitoring fin de la pollution localisée, ce qui donne du vent dans les voiles de la table-ronde tenue l’après-midi, en faveur d’une mesure participative de l’air. Enfin, les citoyens ont exprimé beaucoup d’inquiétudes sur la valeur des mesures actuelles du Plan Régional Air-Climat-Énergie, et des effets attendus sur le dioxyde d’azote en particulier de sa mesure-phare, la Low Emission Zone.
Les résultats des mesures des polluants toxiques de l’air du centre-ville, et le comparatif avant-après l’instauration du piétonnier, peuvent être consultés sous ce lien. Un rapport général sur la qualité de l'air du Pentagone est disponible sous ce lien.

Smart-citizen Air Quality Meter?

Le dispositif ExpAIR, utilisé par Bruxelles Environnement en partenariat avec le Bral, fournit certes des données fiables et très utiles à émettre des recommandations environnementales aux Communes et à la Région; mais l’expérience montre qu’avec seulement 4 appareils de mesure, il est difficile d’obtenir un nombre de mesures suffisant pour couvrir un territoire pourtant réduit tel que le pentagone; or les citoyens demandent un monitoring rue par rue, et ceci pour l’ensemble du territoire régional.

De plus cette approche est assez peu interactive: pas d’affichage, traitement des données à posteriori et rapport de généralisation sur base annuelle, pas de carte interactive… au final peu d’informations récompensent le bénévole qui opère patiemment sa collecte de données.

En recherche d’un dispositif qui, en parallèle des données officielles, permettrait d’informer largement les citoyens au travers d’app mobiles et de cartographies en ligne, le Bral souhaitait jeter un regard vers l’avenir, pour explorer les possibilités de “citizen-science” via des “smart technologies” qui, un jour peut-être, permettront un monitoring permanent des données de pollution de l’air à Bruxelles.

Au Bral nous estimons qu’une telle collecte de données, impliquant des citoyens en nombre suffisant, constituerait un excellent levier de savoir et d’action collective pour sensibiliser et mobiliser les citoyens à large échelle, afin qu’ils puissent réclamer des mesures effectives qui limitent cette pollution.

Le Plan Air Climat Énergie adopté par la Région Bruxelloise en juin 2016 mentionne une majorité de mesures d’information et de sensibilisation. Au Bral, nous défendons que faire participer les citoyens à un monitoring dynamique et très largement communiqué, serait la meilleure manière de faire adhérer la populations aux mesures décisives qui restent à prendre pour protéger l’environnement et la santé de tous.

Présentations de la table ronde “A smart citizen Air Quality Meter?

  • Mot d’introduction: Céline Vanderborght (Smart City Manager CIRB) nous montre les possibilités offertes par le portique opendata de la Région bruxelloise
  • Sofie Van Bruystegem (City Mine(d)) focalise sur l’utilité d’inclure différents acteurs, dans leur projet de mesure participative Pacco-test (qualité de l’eau - Bruxelles)
  • Joris Van den Bossche (UA, VUB) explique la méthode participative de Curieuzeneuze, un projet de citizen-science qui a impliqué près de 2000 citoyens Anversois, début 2016
  • Martine Van Poppel (VITO) présente AirQmap, un projet comparable à ExpAIR initié par VITO pour la Région Flamande. VITO partage également son expérience de test en labo des différents capteurs et informe des points d’attention de ces technologies légères.
  • David Gillot (Communithings) fait part de son expérience de développeur de “Sense and The City”, solution de smart-monitoring mobile des polluants à l’usage des gestionnaires communaux (Ixelles, Anvers)
  • Laurent Pirotte (Greenfab) présente le “Smart Citizen Kit”, initiative de Barcelone qui s’internationalise entre différents fablabs, dont son équipe à Bruxelles.   le SCK est un sensor opensource en développement capable de mesurer et géolocaliser des données environnementales, comme la concentration du NO2 en un lieu.
  • Une autre initiative opensource, AirCasting.org (USA) est présentée avec une emphase sur ses finalités d’empowerment pour des communautés inquiètes pour leur environnement.
  • Yves Thomas (CIRB) conclut la séance en présentant les possibilités concrètes offertes par le portail régional d’open-data, afin de rendre accessible et de cartographier des datasets issus d’un “crowdsourcing” citoyen.

La salle était remplie de spectateurs, chercheurs, membres d’administrations, d’ONG ou encore quelques citoyens intéressés par la démarche de citizen-science au travers des smart-technologies.

Conclusions

Deux chercheuses de SMIT-VUB ont émis des conclusions orales en fin de la table ronde. Elles soulignent tout d’abord l’importance de mettre les différents partenaires (Etat, académiques, start-ups privées, groupes citoyens et fablabs, …) autour d’un projet, et de clarifier leurs attentes en toute transparence.  Après avoir bien évalué leur fiabilité, les mesures participatives et leur caractère subjectif devront être intelligemment extrapolés vers des rapports ayant une valeur scientifique généralisatrice.

Rêvons un peu: un traitement de ces flux de données permettra-t-il de nourrir une cartographie en temps réel des émissions polluantes?

Enfin, il nous semble qu’un tel dispositif peut avoir un effet potentiellement puissant de mobilisation et de prise de conscience large au sein de la population.  Cet apport décisif de “citizen science” peut encourager la prise de mesures politiques concrètes qui limiteront pollution, et assurer en même temps leur large acceptation auprès de toute la population.