Une économie résiliente a besoin d’une politique de relance durable

Persbericht

Alors que la pandémie COVID-19 continue de se propager en Europe, les citoyens s’inquiètent à juste titre de leur santé et de celles de leurs proches, mais aussi de l’impact sur leurs emplois ou leurs revenus. En cette période de crise, il est essentiel que les gouvernements apportent une réponse forte et claire à cette incertitude, en particulier pour les plus vulnérables. Cette réponse doit se concentrer principalement sur les besoins sanitaires et socio-économiques immédiats.

Outre ce soutien urgent pour faire face à la crise sanitaire et les mesures de soutien pour éviter les faillites d’entreprises, une politique de relance sera également nécessaire pour sortir l’économie de la récession.

Nous appelons tous les décideurs politiques à faire preuve de clairvoyance dans la poursuite d’une reprise économique saine, conformément au “Green Deal” européen. Cela peut se faire par des investissements suffisants et un soutien public en faveur d’une économie résiliente, équitable et durable, en accord avec la neutralité carbone, la  ircularité et la préservation de la biodiversité. Nous demandons qu’une délégation des mouvements environnementaux soit impliquée dans  ’élaboration de la politique de relance.

Pour les entreprises industrielles en particulier, il est impératif qu’un soutien public sous forme de pacte soit conditionné à l’alignement sur le Green Deal et l’accord de Paris sur le climat. Les aides d’État aux secteurs fossiles tels que les  roducteurs de pétrole et de gaz et les secteurs de l’aviation et du transport maritime doivent être soumises à des critères stricts, notamment l’atteinte de l’objectif zéro émission de gaz à effet de serre d’ici 2050. Il faut notamment réguler la  emande de transport, innover en matière de carburants durables et neutres en carbone et s’entendre sur une taxe sur le kérosène.

Contrairement à la crise financière de 2008, il existe aujourd’hui davantage d’opportunités d’investissements verts. Le développement des énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments, des infrastructures de transports propres, un réseau de recharge pour les véhicules électriques, mais aussi la restauration de la nature ou des innovations dans l’industrie,…: toutes ces pistes sont des options d’investissement très prometteuses.

Une telle politique de soutien tournée vers l’avenir conduit à une création durable d’emplois ancrés localement, et renforce notre économie contre de nouveaux chocs à long terme. Elle nous mettra également en meilleure position pour faire face à la crise actuelle du climat et de la biodiversité.

Plus précisément, nous pensons que les points suivants sont nécessaires lors de l’élaboration de plans de relance économique:

1. Assurer la cohérence avec le “Green Deal” européen et l’accord de Paris sur le changement climatique

L’investissement public devrait apporter des bénéfices à long terme et nous rendre résilients face aux chocs économiques. Ils doivent donc être pleinement compatibles avec les objectifs et les propositions du “Green Deal” européen et avec l’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris. Les récentes mesures prises notamment par la Commission pour autoriser une flexibilité exceptionnelle en matière d’aides d’État ou le programme de rachat de 750 milliards d’obligations publiques et privées lancé par la BCE doivent s’inscrire dans cette logique.

2. Exonérer les investissements climatiques du respect des règles budgétaires européennes

Des impôts différés et des mesures de protection contre les faillites seront nécessaires, ce qui entraînera une chute des budgets publics disponibles et conduira à d’énormes dettes publiques. Par conséquent, nous courons le risque que les investissements climatiques soient mis en veilleuse. La Belgique doit donc insister auprès de l’UE pour que les investissements publics en faveur de la décarbonation soient – au moins temporairement – exclus du calcul du déficit national.

3. Lancer des programmes d’investissement dans les infrastructures

En lançant des investissements d’infrastructure à grande échelle et durables basés sur des investissements publics et privés, nous créons également un levier au niveau de l’emploi direct pour les personnes et les secteurs gravement touchés par les conséquences économiques du Coronavirus. Ces initiatives devraient réduire directement les émissions de gaz à effet de serre et améliorer la santé des personnes et des écosystèmes. Dans le même temps, elles peuvent contribuer à atténuer les conséquences socialement néfastes de la crise sanitaire, par exemple en améliorant l’accès aux transports publics ou en réduisant les factures de chauffage grâce à des rénovations énergétiques des bâtiments.

4. Rendre le soutien à l’industrie et aux secteurs aérien et maritime dépendant de l’engagement climatique

Un secteur industriel, aéronautique ou maritime tourné vers l’avenir sera neutre en carbone bien avant 2050. Pour ces secteurs, le milieu du siècle représente un cycle d’investissement. Il est donc crucial de conditionner le soutien à ces secteurs à un engagement climatique conforme aux objectifs de l’accord de Paris et à l’établissement d’un plan climatique pour atteindre cet objectif. Cela a fonctionné dans le passé. Après la crise financière de 2008, le président Obama aux États-Unis a lié le sauvetage de GM et de Chrysler aux normes en matière de carburant.

5. Utiliser Belfius et les fonds d’investissement publics existants (comme le PMV, le SRIW et la SFPI) comme véhicules d’investissement pour la reprise et la transition économiques

Une banque publique peut apporter une contribution importante à la reprise. L’exemple allemand de la KfW en est la preuve : le gouvernement allemand a utilisé cette banque publique pour débloquer 100 milliards d’euros de fonds supplémentaires, mais elle joue également un rôle clé dans le financement de la transition énergétique allemande. Nous soutenons l’appel de Jos Delbeke de donner à Belfius un rôle actif dans la relance et la transition climatique et d’augmenter les ressources des fonds d’investissement publics (PMV, SRIW, FPIM), mais aussi de concentrer leur stratégie sur la transition conformément au Green Deal européen. Ce faisant, il est important d’allouer des ressources suffisantes aux PME, y compris aux coopératives et à l’économie sociale, ces dernières étant par excellence des moteurs de la prospérité et de  ’ancrage local de l’emploi en Belgique, tout en étant au service de l’intérêt général.

6. Investir dans une agriculture qui soutient les agriculteurs, la santé et la nature

Dans le cadre de la politique agricole commune, il est possible de mettre en place des incitants économiques qui permettront au secteur de se concentrer davantage sur une alimentation saine et locale, tout en protégeant et en stimulant la nature. La nature nous offre de nombreux services écosystémiques nécessaires, mais aussi un espace de détente et de régénération mentale. Une agriculture locale, circulaire, ancrée dans le sol et soutenue par des chaînes de distribution plus courtes, est plus nécessaire que jamais. La crise du Coronavirus a mis en lumière les limites des chaînes d’approvisionnement agricoles mondialisées.

7. Agir contre la perte de biodiversité mondiale

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le changement climatique et la perte de biodiversité exacerbent la propagation des maladies infectieuses. L’UE devrait donc jouer un rôle de premier plan dans les instances internationales, pour que soient prises des mesures plus énergiques contre le commerce illégal d’espèces sauvages grâce à une approche coordonnée entre la police, les douanes, le pouvoir judiciaire et l’administration. L’Union doit soutenir les réglementations contre la déforestation, intensifier les initiatives multipartites et financer la protection et la restauration des écosystèmes.

8. Supprimer progressivement le soutien aux combustibles fossiles et augmenter les droits d’accises

Les combustibles fossiles sont moins chers que jamais, non seulement en raison d’une surproduction orchestrée par les pays producteurs, mais aussi à cause des mesures de confinement et du ralentissement économique entrainés par la crise du Coronavirus. Cette baisse des prix offre un momentum unique pour supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles et en augmenter les accises.

En ces temps d’incertitude, nos organisations sont prêtes à travailler avec les décideurs politiques pour s’attaquer avant tout à la crise sanitaire et éviter une crise économique immédiate. Mais nous voulons aussi nous assurer que, malgré ces défis, nous nous engageons dans une transition juste vers une économie véritablement durable.

Nous attendons avec impatience votre réponse et espérons que vous vous joindrez à nous pour veiller à ce que la crise actuelle ne contienne pas les germes de la prochaine calamité.

Sylvie Meekers, Directrice Générale Inter-Environnement Wallonie
Philippe Funcken, Directeur Général Natagora
Danny Jacobs, Algemeen Directeur Bond Beter Leefmilieu
Antoine Lebrun, CEO WWF België
Walter Rycquart, Algemeen Directeur Natuurpunt
Raf Pauly, Coördinator BRAL
Valerie Del Re, Directeur Greenpeace Belgium