Le futur logement le long du canal: une trilogie (1) - Densité

Ce n'est pas rien ce qui est prévu en termes d’habitation le long du canal. Près de 140 logements sur l’ancien site du Dépôt Design, environ 130 dans le projet  ‘Dockside’ à Sainctelette, 800 à 1000 sur le site de Tour & Taxis, 409 en face dans les projets Riva et Canal Wharf en fin de chantier… La liste n’est pas finie ! Les grands projets privés de logement se multiplient le long du canal.

Si l’on se réjouit de cet empressement à répondre à la croissance démographique prévue à Bruxelles, tant de grands projets impliquent des choix qui marqueront le paysage sur le long terme. Enfin, … un terme que l’on souhaite cette fois-ci plus long que la vie de ces anciens bureaux de la KBC ! Ceux-ci sont voués à la destruction après même pas 25 ans pour y construire un complexe comprenant, lui, 244 logements. Petit arrêt sur image sur les choix qu’impliquent ces projets de densification.

Choix 1 - quelle densité ?

Qui dit logement, dit déplacements

Beaucoup de logements amènent beaucoup de besoins en mobilité. Ces besoins sont modulés selon les modes de transport disponibles ou choisis, la taille du projet, et le profil des occupants. Si l’infrastructure est insuffisante en mobilité douce, et si chaque occupant possède une voiture - comme le préconise hélas le règlement régional d’urbanisme (RRU) -, cela se répercutera sur le trafic existant. Et nous savons qu’il est déjà assez dense en certains endroits comme près de Dépôt Design. Vu comme ça, choisir des lieux au grand potentiel de mobilité (douce!) pour densifier, comme le site de la KBC, semble approprié.

Choisir des lieux au grand potentiel de mobilité (douce!) pour densifier, comme le site de la KBC, semble approprié.

Qui dit logement, dit espace de vie

Choisir de densifier un quartier peut être une question d’espace disponible. Tous les espaces ne se prêtent pas à toutes les densités. Le projet Dépôt Design, soumis à enquête publique en novembre dernier, compte près de 140 logements montant jusqu’à 8 niveaux avec une très large emprise au sol. Ce qui amène une densité bien plus importante que dans les quartiers environnants. Ces quartiers sont déjà plus denses que la moyenne bruxelloise, avec des espaces publics existants fort minéraux et des rues étroites que des telles hauteurs risqueraient d’étouffer. De plus, sa façade côté canal pourrait renforcer l’impression de barrière que représente le canal plutôt que les connexions vers le reste de Molenbeek.

Tous les espaces ne se prêtent pas à toutes les densités.

Le projet KBC, en revanche, n'est pas mal situé en termes d'espace, pensez au futur parc au Quai Beco, au parc sur Thurn & Taxis, aux grandes rues environnantes, à la nouvelle ligne de tram sur le Pont Picard. Le nouveau projet rétablit également la liaison entre le canal principal et le reste de Molenbeek.

… Et la croissance démographique ! C’est qui derrière tout ça ?

Surtout, tant de projets trouvent souvent à se justifier par la grande croissance démographique prévue à Bruxelles dans les prochaines décennies. Super. Mais si l’on suit la logique jusqu’au bout, sachons que cette inflation sera en grande partie alimentée par la venue de ménages à petits revenus.

La grande croissance démographique sera en grande partie alimentée par la venue de ménages à petits revenus.

Ces ménages ont besoin des logements abordables de tailles variées et souvent grandes. Et ceci ne collent pas nécessairement avec la nouvelle offre. Nous avons ici affaire à des centaines de logements dont aucun n’est social et très peu sont conventionnés, dans des endroits concentrant pourtant un faible niveau socio-économique (taux de chômage dans le quartier Maritime : 35%). Mais si les Bruxellois ne peuvent se les offrir, qui les occupera...?

Anciens et nouveaux Molenbeekois

Il serait bon que ces nouveaux projets du canal bénéficient aussi aux “anciens habitants” de cette zone défavorisée. Mais osons le dire : nous croyons qu’une mixité sociale au sein des projets pourrait autant profiter aux nouveaux arrivants, qui peinent à s’insérer dans ces quartiers et contribuent à les rendre peu vivants. Pour cesser d’y creuser une fracture spatiale et sociale, la formule est pourtant connue et vous la dévoiler n’est pas un scoop : mixité sociale d’habitants au sein de la parcelle, configuration de bâtiments ouverts et accueillants, par exemple traversés de passages semi-publics et arborant des équipements et commerces pour les publics tant “anciens” que “nouveaux”.

Mais toutes ces choses susceptibles de rendre le quartier à terme plus vivant voire même “attractif”, ne rentrent pas toujours dans les cases des plans financiers étriqués des promoteurs. Résultat ? Les sites de la KBC et de Dépôt Design (près de 380 logements en tout) ne contiendront aucun logement public et trop peu d’équipements et commerces. Les habitants actuelles s’inquiètent à bon droit. En ce qui concerne Tour & Taxis et l'intégration du projet dans le quartier environnant, on peut même parler de catastrophe. Vivre, manger et faire du shopping de luxe sont les mots clés qui devraient attirer les futurs résidents et touristes dans ce nouveau quartier. Est-ce un levier pour le quartier où le revenu est inférieur de 20 % à celui du reste de la région ? Le BRAL ne pense pas. Lisez notre réponse détaillée en annexe.

Tous les projets doivent prendre en compte les ménages à petits revenus et non seulement ceux à grands revenus.

En somme, la densité connaît beaucoup de paramètres qui déterminent si c’est une bonne idée de construire le logement et comment. Bien que le projet de Tour & Taxis jouisse de beaucoup d’espace et des opportunités de mobilité, l’intégration dans le quartier est une catastrophe. Par rapport au Dépot Design, nous émettons beaucoup de questions sur les chances de réussite tout court. En plus, tous les projets doivent prendre en compte les ménages à petits revenus et non seulement ceux à grands revenus.

En deuxième partie de notre trilogie, nous envisageons un cadre légal pour faciliter cette démarche. En troisième partie, nous envisageons la participation comme partenariat. 

En annexe, les réactions présentées par le BRAL aux enquêtes publiques concernant la demande de permis d’urbanisme de Tour & Taxis, Dépôt Design et le projet KBC.


Marie Couteaux
Toha De Brant