Le logement futur le long du canal: une trilogie (3)

Les grands projets privés de logement se multiplient le long du canal : Tour & Taxis, Dépôt Design, KBC, ...  Le cumul de tant d’interventions urbaines justifierait une bonne mise en débat public. Si lors de projets publics, un dispositif d’information, de concertation ou de participation est courant vu l’impact souvent conséquent ; lors de projets privés cela l’est moins.

Choix 3 - participation, ou pas ?

En dehors du schéma directeur qui a été approuvé en 2008 et mis en place par un processus participatif[1], on ne peut pas vraiment parler de participation au développement du site Tour & Taxis. Pour le dernier permis demandé, 58 requêtes ont été déposées, dont aucune n'a été inclue dans l'avis positif final de la commission de concertation.

En 2011, après un projet de recherche, le BRAL et la Faculté d'architecture La Cambre/Horta ont déjà formulé une série de recommandations sur la manière d'améliorer le processus entourant les enquêtes publiques. Des recommandations toujours d’actualité, comme  la recommandation que la commission de concertation soit là non seulement pour « écouter » les citoyens.

Que fait la commission avec ce que les citoyens ont demandé? Il n'est jamais clair pourquoi certaines objections ne sont pas traitées et pourquoi d'autres le sont. La commission devrait au moins donner une réponse aux citoyens et de préférence aussi exposer les raisons pour lesquelles les objections/propositions présentées ont ou n'ont pas été prises en compte. Cela donnerait au citoyen un aperçu et une meilleure compréhension de la décision.

Dans des tels projets, l’enquête publique arrive beaucoup trop tard pour que les citoyens aient encore leur mot à dire, c’est un fait connu. Dans ce cas, seule une entrée peut être faite sur une demande de permis. Nous citons l'étude de 2011 :

« Les décisions importantes sont prises assez longtemps avant la demande de permis de construire. Une consultation publique formalisée devrait donc être mise en place avant ces décisions ».

De toute évidence, il reste encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine.

La “chambre de qualité” : pas dans la bonne direction

Seule la “chambre de qualité”, organe de concertation entre acteurs institutionnels (promoteur, commune, région, …) en amont d’un projet urbain, peut être mobilisée, sans être obligatoire. Sa mise en place par le maître architecte Kristiaan Borret en 2015 fut certes une belle avancée, mais nous reprendrons ici à notre compte sa conclusion de sa carte blanche parue tout récemment dans Bxl plant II, en faveur d’une inclusion des citoyens bien plus en amont du débat :

 ”La chambre de qualité pourrait notamment publier en ligne ses agendas, ses avis et ses comptes rendus. (...) À mes yeux, la principale étape reste (...) l’élargissement du débat à l’extérieur du monde interne de la concertation entre les divers acteurs publics et les porteurs de projet. (...)C’est une évidence pour la gouvernance de projets urbains complexes : si vous prenez la peine dès le début d’organiser une concertation précoce, vous gagnez du temps à la fin du trajet. La transparence tire avantage d’une communication ouverte, généralement elle suscite une plus grande confiance et un appui plus large, et c’est ainsi qu’on accélère le développement urbain tout en améliorant son efficacité. L’ouverture fait avancer.”

Secret affairs

Plus de transparence, oui ! Le cercle vicieux de ce que l'on appelle parfois « l'amour secret » se poursuit depuis des années à Bruxelles. La peur de vents contraires et de la critique incite malheureusement à réduire le partage d’informations avec le grand public en amont des grands projets, si bien que les grandes décisions sont prises dans l'ombre. Cela suscite la méfiance chez les citoyens, et cristallise les peurs. Il faut le dire, peu de villes peuvent se vanter d’une telle opacité et complexité de dossiers.  

Partenariat au lieu de consultation

Tous ces projets de logement privés et bien d’autres encore arrivent donc, sur le canal surtout mais ailleurs aussi. Ils dérogent par leur densité en se calquant sur des projections démographiques. À tort ou à raison ? L'avenir nous le dira. Une chose est sûre, leur conception se fait sans les habitants riverains et bruxellois : de fait, à part les charges d'urbanisme, la réglementation n'impose aucune prise en compte de leurs besoins. Ni par la participation, ni avec une offre d'espaces adaptés à tous les bruxellois (logements, équipements, espaces verts).

En deux mots comme en cent, nous avons donc parlé de la densification de certains site bruxellois en première partie. En deuxième partie de cette trilogie, nous nous attardons sur un moyen existant de cadrer cette densification. Dans celle-ci enfin, le BRAL, comme toujours et plus encore, préconise une véritable co-création en matière d'urbanisme. Nous demandons au gouvernement de reconnaître tous les bruxellois, habitants, et le secteur associatif comme de véritables partenaires pour coopérer ouvertement dans leurs initiatives. Vous connaissez? Cela s’appelle de la co-création.

Marie Couteaux
Toha De Brant

 

[1] Pour l’info: ce n'est pas à cause du processus de participation que la procédure a été retardée. Le retard est dû à la cuisine interne des acteurs politiques ;-)