Quel Plan Canal ?

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Le Plan Canal fait figure de bizarrerie dans le paysage des programmes bruxellois. Il n’a rien d’un plan classique, se rapprochant plutôt du work in progress. BRAL tire au clair ses objectifs, son état d’avancement mais aussi les obstacles à surmonter.

Petit rappel : c’est l’ancien ministre-président (Charles Picqué) qui en 2012, au terme d’un concours de projets, a commandé un plan directeur pour la zone du canal à Bruxelles à l’architecte et urbaniste Alexandre Chemetoff[i][1]. Celui-ci devait chercher des solutions à la croissance démographique bruxelloise, donc trouver de la place pour installer des écoles, des crèches et des logements. Dans le même temps, le plan devait aussi permettre l’accueil des activités économiques, améliorer l’harmonisation entre plusieurs projets lancés précédemment et travailler sur l’espace public. Bref, les attentes étaient élevées.

Deux ans plus tard, Alexandre Chemetoff avait terminé ses devoirs. Il estimait que le territoire concerné offrait un potentiel de 25.000 logements et 7.500 emplois, représentations graphiques à l’appui. Aux yeux de beaucoup, le Plan Canal est donc assimilé au « plan Chemetoff » de 2014 et à ses annexes, relativement détaillées. L’approche top down manquant de transparence, l’implication très limitée d’acteurs pourtant essentiels et la mixité parfois trop intime entre habitat et industrie ont cependant suscité nombre de grognements.

Retour en arrière ?

Faut-il tout recommencer ? Pas tout à fait. La relance du Plan Canal en 2015 s’inspire du travail de Chemetoff, mais offre aussi l’occasion de remettre en question certaines choses et de les approfondir. Il faut dire au crédit de l’architecte français qu’il avait compris qu’il devait élargir le champ de réflexion et a lui-même proposé de tester le fruit de ses réflexions dans des « jardins d’essai » (zones de test).

Jardins d’essai

La mise en œuvre du Plan Canal a donc été expérimentée dans quatre jardins d’essai. Et aujourd’hui, nous sommes curieux d’en savoir plus sur les recherches menées dans le cadre de l’Atelier Bruxelles Métropole Productive[ii] autour de quatre zones importantes : Buda (pôle industriel dans le quartier du pont de Buda au nord de la ville), Masui (quartier ouvrier du 19e siècle comprenant d’anciennes usines), Birmingham (industrie, grands magasins et quartiers résidentiels) et Biestebroeck (pôle industriel au sud de la ville). Quatre équipes se sont lancées dans une démarche de recherche par le projet — ou research by design pour utiliser une formulation élégante — concernant la cohabitation de l’industrie avec d’autres fonctions. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette cohabitation n’a rien d’évident et que si elle doit se faire, elle exige une planification intelligente.

La recherche sur ces zones est toujours en cours et joue un rôle décisif pour l’avenir du Plan Canal. Bref, plutôt un work in progress qu’un plan dans le sens classique du terme.

Maître architecte

De nouveaux acteurs font une entrée remarquée, ce sont les collaborateurs de l’équipe du maître architecte bruxellois. Ils participent à l’Atelier Bruxelles Métropole Productive, mais surveillent aussi la vision générale du Plan Canal. L’équipe y exerce sa mission de gardien de la qualité de l’architecture et de l’urbanisme. Elle dispose d’un nouvel instrument important pour ce faire, les chambres de qualité[iii], devant lesquelles doivent passer tous les grands projets prévus dans le périmètre du Plan Canal. Ce périmètre représente pas moins de 700 hectares, dont 300 sont la propriété du gouvernement. Une surface gigantesque. Mais évidemment, une grande partie est déjà utilisée ou encore en construction, avec entre autres exemples (malheureux), bpost à Neder-Over-Heembeek ou le centre commercial Dockx au pont Van Praet.

Le plan = ses objectifs

Le maître architecte doit donc également surveiller les objectifs du Plan Canal. Toute la question est dès lors de savoir quelles sont les intentions officielles pour l’année 2016. Celles-ci sont aujourd’hui les éléments centraux et les plus tangibles du Plan Canal, lequel s’apparente donc davantage à un processus qu’à un véritable plan au sens strict.

Nous les avons dénichées pour vous :

  • Conserver l’activité économique en ville et renforcer son intégration urbaine.
  • Créer des logements répondant aux besoins liés à l’essor démographique pour tous les profils de ménages.
  • Créer des espaces publics conviviaux et fédérateurs (notamment en valorisant l’axe du canal et ses franchissements).
  • Créer les conditions d’une ville ouverte en favorisant la mixité des fonctions et des populations[iv]

 

Harcèlement de l’industrie ?

L’importance des activités économiques est donc davantage accentuée aujourd’hui qu’au lancement du plan. De même, il est désormais explicitement question de logements pour tous les types de population.

Auparavant, l’accent portait principalement sur les habitations qui devaient être construites de toute urgence en raison de la pression démographique. Pour ce faire, la Région lorgnait principalement les zones industrielles (souvent sous-exploitées). La législation a été modifiée pour permettre ce nouvel état de fait[v] et les promoteurs immobiliers se sont précipités pour faire sortir de terre des immeubles entiers de logements (de luxe, compte tenu de la vue sur le canal).

D’un autre côté, le Port de Bruxelles — propriétaire de 77 hectares de terrain dans le périmètre du Plan Canal — a été sommé de ne plus attribuer de concessions que pour une durée maximale de 3 ans. Une exigence plutôt embêtante, car elle risque d’effrayer les candidats potentiels.

L’impression générale était donc que le gouvernement harcelait l’industrie et s’intéressait avant tout à la création de logements pour les plus nantis. Ce qui était à l’exact opposé des objectifs que nous découvrons aujourd’hui dans les textes.

Adaptations

L’angle de réflexion a peut-être évolué, mais les projets des promoteurs privés qui ont d’ores et déjà été lancés pourront au mieux être adaptés. Chemetoff l’a montré, le gouvernement possède de nombreux terrains publics dans la zone du canal. Il est dès lors en mesure de contrebalancer la spéculation qu’il a lui-même contribué à déclencher. L’occasion idéale de prouver qu’il prend ses ambitions au sérieux.

Pour en savoir plus:

[i] Alexandre Chemetoff est un architecte, urbaniste et paysagiste français. Il a notamment travaillé sur un quartier de 50.000 logements à Bordeaux, le Plan Guide lié à la reconversion de l’île de Nantes et le Schéma directeur du Plateau de La Haye à Nancy.

[ii] L’Atelier Bruxelles Métropole Productive constitue le volet bruxellois de l’Internationale Architectuur Biënnale Rotterdam (IABR). Comme son nom l’indique, il traite également des dossiers flamands et ne craint pas les cas limites comme Buda. L’IABR et l’Architecture Workroom Brussels (AWB) travaillent en étroite collaboration avec la Région de Bruxelles-Capitale, Ruimte Vlaanderen, la province du Brabant flamand et l’OVAM. Les dossiers bruxellois sont quant à eux traités en étroite collaboration avec le maître architecte de Bruxelles et les chercheurs par projet de son équipe. BRAL a également pu donner son point de vue lors de quelques sessions de travail. On pourrait parler d’une suite ambitieuse au trajet Productive BXL que BRAL a mis sur pied en 2015 avec l’AWB et le Bond Beter Leefmilieu.

[iii] D’autres informations sur la chambre de qualité se trouvent dans l’article ‘La concertation comme processus’.  

[iv] Source : http://www.saf-mvv.be/fr/content/zone-stratégique-canal

[v] Le Plan régional d’affectation du sol (PRAS) a été modifié à cet effet et a changé de nom pour devenir le PRAS démographique.