1. POURQUOI UN PLAN B ?

Le parc Josaphat, déclaré année après année comme le parc préféré des habitants de Bruxelles, prouve une fois de plus sa grande utilité pendant la crise que nous vivons tous. Fait peu connu, à un jet de pierre de là, il y a une zone pratiquement de la même taille : la Friche Josaphat. Il s’agit d’une ancienne gare de triage de la
SNCB d’environ 25 hectares qui n’a plus été utilisée depuis les années 90 ; une voie ferrée la traverse toujours.

La zone étant peu accessible au public, elle a pu se développer ces dernières années pour devenir une réserve naturelle inattendue. Les naturalistes y ont déjà identifié près de 1200 espèces : 110 espèces d’oiseaux (ce qui est extrêmement élevé dans un contexte urbain), 120 espèces d’abeilles sauvages (un de principaux spots de Belgique) et 29 espèces de libellules (dont certaines sont très rares). Cela en fait un cas d’école de ce que l’on appelle le “re-wilding” (1) : le retour indispensable à la nature des terres humaines afin que la biodiversité puisse s’y rétablir.

Vue du ciel, la Friche ressemble à un paradis en forme de poire. Des menaces pèsent sur ce paradis. Il y a une dizaine d’années, la Région de Bruxelles-Capitale a désigné dix zones prioritaires pour l’augmentation du nombre de logements urbains. La Friche était l’un d’entre eux. Les plans étaient ambitieux : plus de 1 400 logements devaient être construits, ainsi qu’une station de RER, des lieux de travail, des magasins, etc.

Ces plans n’étaient pas si mauvais à l’époque. Ils visaient une bonne mixité sociale des habitants (pas seulement des classes aisées ).Le plan prévoyait une bonne connexion aux transports publics (la gare d’Evere était déjà là). La multi-fonctionnalité du site était au rdv puisque ces plans prévoyaient la cohabitation du résidentiel et de l’activité économique.

Encore une fois, ces plans ne manquaient pas d’atouts…en 2010.

Depuis lors, les études scientifiques ont montré et démontré le déclin de la biodiversité mondiale, mais aussi et plus spécifiquement des espaces ouverts, dont les friches, qui sont pourtant essentielles à la préservation de cette biodiversité (2).

Depuis lors, nous savons que la croissance démographique à Bruxelles est beaucoup plus lente que prévu (3) et que la pénurie de logements est moins importante qu’on ne le prévoyait il y a dix ans.

Depuis lors, s’est ajouté le Coronavirus renforçant le rôle et l’importance des espaces verts dans les zones urbaines densément peuplées, tout en sachant que d’autres pandémies pourraient venir bouleverser nos vies.

De nouveaux temps, de nouvelles perspectives. Il est plus important que jamais d’adapter ces plans obsolètes.

David Van Reybrouck

(1) https://e360.yale.edu/features/rewilding_the_world_a_bright_spot_for_bio...
(2) Rapport IPBES 2018: https://ipbes.net/global-assessment
(3) https://www.plan.be/uploaded/documents/201901240958450.FOR_POP1870_11813...