Quartier en action: l'émergence d'une auto-gestion

Au quartier Brabant, dans notre Living Lab Quartier en Action, le local de quartier, comme nouveau point de ralliement pour le projet, est inscrit dans la vie du quartier. Dans l'absence de travailleurs, à cause de maladie et de congé de maternité, deux habitants ont pris en main une permanence chaque matin. C'est l’occasion de rencontrer de nouveaux habitants, de leur expliquer le projet, d’avoir leur avis, de les inclure. Chaque matin, un petit groupe d’habitants se retrouve pour prendre un café, discuter, échanger des grilles de mots croisés et de sudokus, attendre l’ouverture de Poverello, quelques maisons plus loin… Le local est un point de ralliement pour les idées, envies et besoins, un espace où concrétiser et mettre en forme les énergies. Plusieurs initiatives citoyennes s'y lancent, une auto-gestion s'y installe.

Quelques habitants ont lancé une bourse aux vêtements qui a lieu le premier samedi du mois. En plus des penderies ont été installées à l’intérieur du local, ce qui permet de recevoir les dons, renouveler les habits et les vendre au quotidien, ce qui répond aux besoins d’une partie de la population du quartier, très fragilisée, qui ne peut pas toujours attendre un évènement mensuel. Avec l’existence de la bourse aux vêtements, le local s’est doté d’une caisse, à présent complètement autogérée. Ceci permet de financer les petites dépenses courantes du local mais aussi de se projeter et de chercher des pistes pour pérenniser la location du local après la fin de CitizenDev
L’ouverture de la bourse aux vêtements permanente dans le local produit une dynamique nouvelle, qui est jusqu’à présent la plus inclusive et la plus représentative du quartier. Tout un chacun peut ainsi soit donner soit acheter à petit prix, les affaires non désirées d’une personne devenant les affaires convoitées d’une autre. Il est intéressant de noter que les quelques « conditions » émises par le groupe sont presque toujours respectées : donner des affaires en bon état et propres (une des craintes exprimées par le groupe étant que certains habitants puissent facilement se débarrasser de choses qui les encombrent mais en trop mauvais état pour servir). Très souvent, les personnes qui déposent des vêtements à donner spécifient les avoir lavés juste avant. De la même manière, les prix affichés ne sont presque jamais marchandés ou remis en question. 
Le Repair Café, qui a lieu de manière mensuelle, est devenu une initiative citoyenne à part entière sous le nom de Repair Café Brabant :  l'initiative est en contact avec le réseau Repair Together et figure désormais sur la carte Zéro Waste Schaerbeek. Les porteurs ont obtenu un dossier de financement auprès de la commune de Schaerbeek, ce qui permettra l’achat d’un kit de reparation pour le petit électroménager ainsi qu’une machine à coudre.

Globalement, les travailleurs remarquent que le tissu social semble plus solidaire et plus résilient. Les habitants connaissent mieux leurs voisins, chacun voit et comprend un peu mieux la réalité vécue par l’autre. Une habitante remarque par exemple que la fréquentation du local lui a permis de mieux comprendre le quartier, qu’elle habite pourtant depuis de nombreuses années ; auparavant, elle partait tôt le matin et ne revenait que le soir, maintenant elle est témoin du quotidien.

Une partie des habitants impliqués ont tissé des liens d’amitié à travers les initiatives qu’ils ont développé ensemble, en plus d’avoir une meilleure estime de soi ce qui produit un effet doublement positif : il est agréable de faire des choses ensemble si on s’entend bien, il est valorisant de se sentir utile et d’avoir l’impression de faire une différence dans la vie d’autrui.
L’activité de soutien scolaire permet de rentrer en contact avec une tranche différente de la population du quartier : les enfants et adolescents, ainsi que leurs parents, que nous ne touchions pas avant cela. Ici aussi, les bénévoles nous racontent des anecdotes touchantes qui montrent d’une part l’importance de cette démarche dans le quartier et d’autre part les liens d’affection et de respect qui se tissent peu à peu. Ainsi, une bénévole raconte son étonnement de voir les enfants ne réclamer que de l’eau, à boire, et se faire une fête d’avoir accès à du jus de fruits et des biscuits. 

A ce stade-ci, les initiatives ont un impact positif visible à la fois pour les porteurs et pour les bénéficiaires et contribuent à améliorer la vie dans le quartier. Ces résultats, même s'ils ne touchent pas tous les habitants, stimulent l’enthousiasme et la confiance en soi des habitants impliqués.